Troisième journée d'études

consacrée à la lecture de l'image égyptienne

Le samedi 16 mars 2019 à Nantes

"Particularités de l'image égyptienne"

Après avoir étudié la relation entre image et écriture puis les dénominations et modes de représentation, nous nous pencherons cette année sur les particularités de l'image égyptienne. De nombreuses représentations ainsi que leurs éléments constitutifs -scènes, personnages, animaux, objets, etc.- ne sont en effet pas reproduits selon les conventions qui régissent habituellement l'art égyptien. L'objectif de cette journée est non seulement d'apprendre à repérer ces particularités et à les définir mais aussi et surtout de comprendre leurs fonctions au sein du vocabulaire iconographique égyptien.

 

 

Programme :

 

. 9h30 : ACCUEIL

 

. 9h45- 10h30 : INTRODUCTION

 

De l'image égyptienne "classique" : Conventions, règles et normes

Marie-Astrid CALMETTES

Institut Khéops, Paris

Université Libre de Bruxelles (CIERL)

 

Les représentations sacrées égyptiennes sont régies par un certain nombre de conventions qui permettent non seulement de les reconnaître aisément mais aussi de penser qu'il existe des images "classiques". Cependant, dans un certain nombre de cas, ces représentations, et notamment celles qui sont reproduites sur les parois des tombes et des temples, en deux dimensions, présentent des particularités. Avant de les analyser dans le détail, nous étudierons les principales conventions de l'image égyptienne, depuis la composition d'ensemble au traitement des différents éléments constitutifs. Puis, nous nous poserons la question de savoir si les anciens Égyptiens faisaient une différence entre "images normées" et "images atypiques". En d'autres termes, ce que nous considérons comme des particularités ne procède-t-il pas simplement du vocabulaire iconographique égyptien ?

 

. 10h30- 12h :

 

Visage et frontalité dans les images de l'Égypte ancienne

Youri Volokhine

Maître d’enseignement et de recherche,

Unité d'histoire et d'anthropologie des religions, Université de Genève

 

La frontalité consiste en un mode de représentation voué à interpeller particulièrement tout spectateur. Un face-à-face s'instaure. L’image frontale paraît s'adresser directement à qui la contemple. Cette image « regarde » tout autant qu’on la regarde. Dans l’antiquité pharaonique, l’image frontale se présente d'emblée comme une exception à une loi générale de latéralité régissant tant l'écriture hiéroglyphique elle-même que les conventions du dessin égyptien. Les usages égyptiens du motif frontal ne sont ni arbitraires, ni finalement exceptionnels ; au contraire, ils sont cohérents, s’orchestrant autour de plusieurs thématiques bien différenciées. Ces usages témoignent d’une logique d’où émergent des thèmes révélés dans les textes, centrés autour du regard et de ses états, du corps et de ses mouvements. La mise en perspective de la statuaire avec la peinture et la gravure, permet encore de mieux saisir comment ce système de représentation se construit. En outre, l’écriture figurative égyptienne permet aussi des agencements particuliers de signes, suscitant de curieuse « faces hiéroglyphiques », que nous questionnerons également.

 

 

. 14h-15h30 :

 

Particularités corporelles et images de la différence en Égypte ancienne

Bénédicte Lhoyer

Chargée de cours à l'Ecole du Louvre et à l'Institut catholique de Paris

 

Contrairement à l'idée reçue qui voudrait que l'art égyptien soit la répétition de la même image d'un corps parfait, une observation attentive des documents démontre le contraire. En effet, certains personnages se distinguent par leurs caractères physiques inhabituels, allant du détail corporel atypique à une infirmité évidente. Ainsi, des aveugles, boiteux, chauves, malades, bossus, nains ou encore obèses sont présents sur de nombreux objets ou parois de tombes. Notre intervention souhaite ainsi mettre en lumière ces personnages hors normes, trop souvent mis de côté, afin de tendre vers une vision plus réaliste de la société égyptienne qui, comme la nôtre, connaissait le handicap et les maladies. Nous verrons ainsi comment les images du corps altéré se sont constituées et développées, ce qu'elles peuvent nous apprendre non seulement sur la façon qu'avaient les anciens Égyptiens d'appréhender ces différences mais aussi sur la nature et la fonction de ces représentations atypiques au sein des programmes décoratifs et de l'iconographie égyptienne.

 

. 15h45-17h :

 

Représentations et éléments atypiques

ou comment compléter un dictionnaire iconographique

Marie-Astrid Calmettes

Institut Khéops, Paris

Université Libre de Bruxelles (CIERL)

 

Si la frontalité est l'un des éléments atypiques les plus fréquents, elle n'est pas la seule. Les représentations égyptiennes présentent en effet d'autres particularités. Nous étudierons ainsi les représentations et les éléments qui sont reproduits dans le désordre, ceux qui sont orientés mais inversés, ceux qui figurent partiellement ou, au contraire, ceux qui sont "sur reproduits", ceux qui figurent de manière "informe", voire ceux qui ne sont qu'implicites. L'ensemble de ces particularités, ou plutôt de ce que nous considérons comme tel, se révèle indispensable dans la compréhension des peintures et/ou des reliefs qui figurent sur les parois des tombes et des temples. Ces curiosités témoignent aussi de réflexions iconographiques et sémiologiques intenses au centre desquelles se trouve la recherche et la création du signe le plus explicite, voire le plus performatif.

 

 

. 17h-17h30 : DISCUSSION ET CONCLUSION

Présence d'un stand de la Librairie Antinoë (Brest) toute la journée.